Les chemins de Stevenson & Régordane
Dans les pas de l'écrivain écossais et de son âne
En 1878, Robert Louis Stevenson, jeune écrivain écossais, alors à ses débuts, après d’autres voyages pittoresques en voilier ou en canoë, et dans une situation sentimentale difficile, se rend dans la petite bourgade vellave du Monastier-sur-Gazeille. Il y séjourne trois semaines au cours desquelles il se promène et écrit beaucoup. Il a choisi ce lieu tout à fait improbable à cause d’une référence littéraire à un roman oublié de George Sand (qu’il adorait), Le Marquis de Villemer, qui se déroule en partie au Monastier et alentours. L’héroïne de ce roman se trouve dans une situation sentimentale proche de celle de l’écrivain à cette période. Il cherche à retrouver les lieux du roman et sa joie est complète lorsqu’il rencontre un paysan qui avait rencontré George Sand elle-même vingt ans auparavant, lorsqu’elle était venue en ces lieux se documenter pour préparer son roman.
Mais il a un autre objectif, comparable à celui de la bonne Dame de Nohant : se rendre au pays des Camisards, c’est-à-dire dans les Cévennes, pour se documenter et écrire un livre à ce sujet. En effet, l’histoire des Camisards est fondatrice pour le protestantisme, et très étudiée dans les pays et régions protestants, comme l’Ecosse. Il achète donc une ânesse, Modestine, s’équipe pour pouvoir partir avec elle en autonomie (faisant faire pour lui le premier sac de couchage en peau de mouton) et part à pied du Velay vers les Cévennes jusqu’à Saint-Jean-du-Gard et Alès. Il racontera et éditera son Voyage avec un âne à travers les Cévennes, premier succès littéraire du futur auteur de L’Île au Trésor et de Dr Jekyll and Mr Hyde.
Assez rapidement, sur les traces de l’écrivain, certains de ses lecteurs s’élanceront à leur tour sur ses traces, à pied ou par d’autres moyens. Fait peu connu : Fanny Stevenson, devenue veuve (en 1894), vint elle-même en France parcourir ce chemin en voiture au début du XXème siècle. En 1978, pour le centenaire du voyage de Robert Louis, le Club Cévenol a balisé ce chemin. En 1993, la Fédération de Randonnée Pédestre a poursuivi ce travail en le labellisant chemin de Grande Randonnée (GR).
Combien de temps faut-il pour effectuer le chemin de Stevenson ? Est-il difficile ? A qui s’adresse-t-il ?
Stevenson a parcouru ce chemin en 12 jours. Les plus sportifs (ou les plus pressés) pourront le faire en 9 ou 10 jours, ceux qui veulent savourer leur itinéraire pourront prendre deux semaines. Ce chemin est un peu plus exigeant physiquement que le chemin de Saint-Jacques. En effet, si un chemin de pèlerinage essaie par nature d’aller le plus droit possible au but (avec des compromis pour éviter le goudron et les voitures), Stevenson est allé « à saut et à gambades » d’un lieu pittoresque à l’autre sans craindre le dénivelé… et le balisage comme GR a encore accentué cela ! D’autre part, il monte jusqu’à presque 1700 mètres, au sommet de ce fameux Mont Lozère, où l’on peut se laisser surprendre par neige ou brouillard même en juin ou en septembre !
Le chemin de Saint-Gilles ou Régordane : sa particularité est de rejoindre la petite ville un peu oubliée aujourd’hui de Saint-Gilles-du-Gard
Saint-Gilles, ente Arles et Nîmes, fut au Moyen Âge, une cité particulièrement rayonnante. L’abbaye de Saint-Gilles était l’objet d’un pèlerinage aussi prestigieux que celui de Compostelle à certaines époques (en particulier au XIIe siècle). D’autre part, avant Aigues-Mortes, ce fut un port de Méditerranée extrêmement important sur le Rhône, autrefois navigable jusque-là. A l’instar des chemins de Saint-Jacques, qui sont nombreux, il y eu plusieurs chemins de Saint-Gilles, à la fois chemins de commerce vers le port, et chemins de pèlerinage vers l’Abbaye. Celui qui, passant par le Puy, descend vers Alès et Saint-Gilles, a gardé aussi le nom de chemin de Régordane, nom mystérieux sans doute lié à une ancienne seigneurie ou territoire disparu, que l’on voit apparaître dans les légendes épiques. Il se trouve que Stevenson a croisé (sans le savoir) cette Régordane en plusieurs étapes ! D’autre part, c’était aussi un chemin de muletiers. Il m’a donc paru tout naturel de présenter dans un même ouvrage le chemin des Régourdiers et celui de Modestine !
Ce chemin de Saint-Gilles ou Régordane n’a pas encore retrouvé son aura d’autrefois. Il est pour vous si vous aimez la tranquillité… ou si les gîtes sont déjà complets sur le chemin de Stevenson… ce qui arrive à certaines périodes ! ou encore si vous préférez un chemin un peu moins exigeant physiquement.

A pied ou avec un âne
C’est un choix qui dépend du contexte. En tous cas, si vous considérez l’âne comme un simple porte-bagage, il vaut mieux s’adresser à des agences professionnelles de transport de bagage. C’est un compagnon de route à part entière. Si vous l’acceptez en tant que tel, s’offre à vous une merveilleuse aventure partagée avec un complice très attachant, que je recommande tout particulièrement si vous souhaitez randonner avec des enfants.
Chemins de R. L. Stevenson et Régordane (Saint-Gilles)
Chemin de R. L. Stevenson
267 km.
10 à 13 jours de marche.
Chemin de Régordane (Saint-Gilles)
247 km.
9 à 12 jours de marche.
En-dehors de suivre les traces du célèbre écrivain écossais qui a traversé les Cévennes en 1878 avec son ânesse Modestine, cet itinéraire possède l’avantage de relier Le Puy-en-Velay et Arles, deux points de départ historiques sur les voies de Saint-Jacques. C’est en outre un très vieux chemin de pèlerinage vers le tombeau de saint Gilles.
En réalité les deux chemins, Stevenson et Saint-Gilles, sont parallèles l’un à l’autre et se croisent même parfois. Le chemin rejoint la voie d’Arles à Saint-Gilles, une étape après le départ d’Arles. C’est un magnifique itinéraire de 267 km, soit une quinzaine de jours de marche, qui traverse de somptueux territoires : le Velay, le Gevaudan, le Mont Lozère et ses 1700 m puis les Cévennes sauvages et rebelles. Paysages colorés et volcaniques, plateaux agricoles, forêts sauvages et vallées verdoyantes vous invitent au lâcher prise et vous poussent à la curiosité !
Le « plus » : la variété des paysages et son histoire particulière rendront votre randonnée sur les chemins de Stevenson & Régordane inoubliable.
.Depuis 30 ans, une association, Sur le chemin de Robert Louis Stevenson, fédère un réseau et des actions pour le promouvoir :
En 1994, une poignée d’hébergeurs au long de ce chemin, particulièrement sensibles à l’accueil des randonneurs, se sont regroupés pour essayer de promouvoir cet itinéraire à travers l’association Sur le chemin de Robert Louis Stevenson. Trente ans plus tard, plus de deux cents hébergeants et d’autres prestataires de service l’ont rejointe. Elle a plusieurs missions : celle d’assurer un lien entre eux, de les mettre en réseau, de renseigner les randonneurs en partance, de contribuer à la promotion de ce chemin et de son patrimoine.
Quelle est la meilleure période pour randonner sur Stevenson ?
Pour randonner, la période de Pâques à Toussaint s’impose, d’autant que de nombreux gîtes sont fermés en dehors de cette période (mais vous pouvez bien sûr consulter le Miam-Miam-Dodo pour en savoir plus). La traversée du Velay comme celle de la Margeride, et les contre-hauts du pays Camisard, en altitude, peuvent se faire en été sans craindre une chaleur trop forte. Les mois les plus fréquentés, en tous cas sur le chemin de Stevenson, sont mai, juin et septembre.
Interview complète de Marie-Virginie Cambriels, auteure du Miam Miam Dodo 2026 Chemin de R L Stevenson (GR®70) et Chemin de Saint-Gilles (GR®700 – Régordane) sur notre blog !
Distance | Jours de marche | |
|---|---|---|
Le Puy-en-Velay à Alès | 267 km | 10 à 13 jours |
Le Puy-en-Velay à Saint-Gilles | 247 km | 9 à 12 jours |



